Hier nous avons fait une excursion à Oranienburg, non loin d’ici, une quarantaine de kilomètres. C’est une petite ville avec un château … mais aussi un camp de concentration. Nous n’avions pas eu l’intention de nous y arrêter mais littéralement on y était tiré dedans. C’est un lieu commémoratif. Cette extinction des juifs par les Allemands est quelque chose de vraiment difficile à digérer pour nous. C’est un trou noir dans notre histoire allemande mais aussi dans l’histoire humaine. En principe je ne vais pas dans ce genre de lieux. Ils me poursuivent jusqu’aux mes rêves et j’ai du mal de m’en libérer. Bon, hier nous y étions. Normalement je me protège.
C’est incroyable avec quelle systématique les Nazis et spécialement Himmler planifiait tout. Il y avait les mêmes règles dans tous les camps de concentration partout. Il est incroyable qu’on puisse imaginer tout ceci jusqu’au moindre détail.
C’est la douleur, la misère, la destruction, l’anéantissement, le mépris total de l’être humain et tout ce qu’on peut imaginer de mauvais, de dépréciation, d’inhumain. Mais ce qui me traque vraiment c’est la question comment cela a pu se passer. Je réfléchis pour l’instant surtout sur les acteurs, les gardiens, les gens qui effectuaient ce travail. Quelle était leur biographie ? Quel était leur état d’âme pour ne pas avoir eu des barrières en eux, de ne rien ressentir, de ne pas avoir eu de la compassion? Comment des êtres humains peuvent imaginer quelque chose de pareil. C’est le méchant lui-même. Les actions étaient divisées en petites parties, personne n’effectuait ce travail d’un seul trait du début jusqu’au meurtre. Himmler a bien conçu cela comme ça parce qu’autrement l’énormité aurait été visible aussi pour les pires et ils s’y seraient certainement refusés. Il était même prévu qu’on donnait de bons repas aux bataillons des SS qui fusillaient les juifs. Et je suppose on leur donnait aussi beaucoup d’alcool à boire.
Une explication c’est que c’étaient des gens qui ne se ressentaient eux-mêmes non plus, qui n’étaient pas en contact avec leur propre douleur et qui refoulaient tout.
Hannah Arendt a écrit lors du procès d’Eichmann dans les années soixante de la banalité du méchant. Eichmann répétait seulement et sans cesse que c’étaient les ordres qu’on lui avait donnés et qu’il exerçait. Mais elle aussi elle parle du fait que ces gens ne coordonnaient plus ou jamais la vie intérieure, le ressenti, les sentiments avec leurs actions. Ils n’avaient pas le courage de ressentir leur propre sentiments et l’assortir avec ses actions à l’extérieur. Cela, c’est mon explication dans mes propres mots maintenant.
De toute façon ce matin mon premier acte était de peindre des visages. Je ne sais pas encore ce que cela donne, exprime … comme toujours ce sont des images, des peintures qui viennent de mon « poignet », c’est très spontanément, c’est le geste, le mouvement avec le pinceau. Et je ne peux pas encore interpréter leur expression, mais pour moi c’est une transformation.